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Du PTC dans les écoles

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Depuis une dizaine d’années, le cannabis de synthèse connaît un succès fulgurant dans les écoles, une drogue bien plus dangereuse qu’elle n’y paraît de prime abord.

Les adolescents, leurs parents et les jeunes adultes connaissent probablement le sigle PTC depuis quelques années. Le PTC (pour “Pète ton crâne”) est un puissant cannabis de synthèse, disponible sous forme liquide et inhalé au moyen d’une cigarette électronique. Il circule abondamment aux abords, voire à l’intérieur, des collèges et des lycées de l’Hexagone.

Dans cet article, nous passerons en revue les effets toxiques de cette drogue, les raisons de l’engouement pour ce produit, les risques encourus et, le cas échéant, comment résister à cette tentation.

De quoi s’agit-il ?

Parmi les différentes drogues de synthèse, les cannabinoïdes sont de plus en plus plébiscités chez les jeunes Européens, notamment en raison de leur faible coût et de leur grande discrétion. Parmi les drogues inscrites au répertoire des nouveaux produits de synthèse par l’OFDT (Observatoire français des drogues et tendances addictives), neuf appartiennent à la famille des cannabinoïdes de synthèse, des molécules produites en laboratoire qui miment les effets psychoactifs du cannabis sur les récepteurs cérébraux. La coordinatrice de ce dispositif rapporte que « beaucoup [de ces molécules] se retrouvent dans la composition des liquides de vapotage adultérés aux cannabinoïdes de synthèse, qui ont pu causer des complications (hallucinations, palpitations cardiaques, vomissements, convulsions) auprès d’un public jeune ».1

Parmi ces molécules figurent l’ADB-Fubiaca, l’ADB-P-5Br-Inana ou encore le MDMB-Inaca, plus connues sous les dénominations de « Buddha Blue » ou « Pète ton crâne » (PTC), « récemment commercialisées à proximité d’établissements scolaires, auprès d’une clientèle souvent mineure ».2

En 2018, la revue médicale Drug and Alcohol Dependence (Dépendance à la drogue et à l’alcool) a publié un article intitulé : « Cigarettes électroniques – Un vecteur inattendu de distribution de drogues illicites. » Les auteurs y mentionnent plus de 25 effets toxiques du cannabis de synthèse, dont les nausées et vomissements, l’hypokaliémie (faible taux de potassium dans le sang), la psychose aiguë, les crises de panique, l’agitation, la cécité et la surdité, la bradycardie et la tachycardie (un rythme cardiaque anormalement lent ou élevé), l’hypo et l’hyperglycémie, l’infarctus du myocarde, les AVC ischémiques, les lésions rénales aiguës, les crises d’épilepsie ou encore le coma.3

Il est préoccupant que des dosages très faibles produisent des effets sévères et presque immédiats. En effet, cette drogue de synthèse est jusqu’à 200 fois plus puissante que le cannabis naturel et ses effets sont très violents, proches de ceux du LSD.

Des témoignages alarmants

Les expériences des collégiens et des lycéens qui ont testé cette drogue font froid dans le dos. Voici quelques témoignages nous faisant prendre conscience des effets immédiats et effrayants de cette drogue qui s’avère bien plus dangereuse qu’elle n’y paraît de prime abord.

« Un jour, un pote […] m’a proposé d’essayer. J’ai dit ouais et en cinq secondes, j’ai su que quelque chose n’allait pas. J’ai vomi, j’ai convulsé, je suis tombée dans les pommes, j’ai fait un gros malaise » – Justine.

« En une seconde, on voit tout bouger autour de soi… On a l’impression de parler normalement, mais on bégaye. On a les yeux complètement révulsés, comme s’ils allaient sortir… C’est très désagréable. On tremble de partout » – Déborah.

Âgées de 16-17 ans, ces lycéennes étaient ensemble dans la cour de leur établissement scolaire lorsqu’elles ont goûté au PTC pour la première fois. « Ce jour-là, un troisième adolescent, ayant vapoté la même cigarette, tombe à terre. Justine est transportée à l'hôpital, tandis que les deux autres lycéens recouvrent leurs esprits après une intervention des secours. »4

Une autre adolescente, ne consommant pas de drogue et précisant avoir « juste voulu essayer » avec une amie, rapporte avoir été prise d’un « violent “bad trip” suivi, pendant huit jours, d’un essoufflement persistant la nuit. Cela l’inquiète beaucoup : “Les effets ne se dissipaient pas aussi vite que je pensais, mon cœur battait à fond. J’ai commencé à paniquer. Ma pote ne m’avait pas prévenue des effets presque immédiats et hardcore. » Comme le résume un autre consommateur, « la défonce est très rapide, très forte ».5

Une drogue populaire et discrète… mais dangereuse

Depuis une dizaine d’années, les cannabinoïdes de synthèse, dont le « Pète ton crâne », s’enracinent dans les collèges et les lycées. Plusieurs raisons expliquent l’engouement pour cette drogue, mais chacune de ces raisons cache des risques bien réels.

Le prix. À 10€ les 100 ml, c’est une substance extrêmement économique. Le Figaro rapporte qu’une telle quantité correspond à une semaine d’usage régulier et quotidien, soit quatre fois moins cher que la résine de cannabis.

Attention ! Cette drogue bon marché devenant plus accessible aux étudiants, dont beaucoup ne disposent pas de grands moyens financiers, cela engendre une insécurité et une criminalité croissantes liées au trafic de drogue à proximité des écoles.

La facilité d’utilisation. Contrairement à d’autres drogues nécessitant une logistique ou un équipement particulier, il suffit d’insérer une cartouche de PTC dans une banale cigarette électronique, puis la drogue s’inhale comme n’importe quel autre « e-liquide ».

Attention ! Le fait de pouvoir consommer de la drogue à tout moment augmente significativement la consommation régulière et la dépendance au produit.

La discrétion. Qui se douterait que l’utilisateur vapote du PTC et non un banal e-liquide à la fraise ou à la menthe ? Aucune odeur résiduelle imprégnée dans les vêtements, aucun équipement spécifique, juste une cigarette électronique.

Attention ! Si la consommation de PTC n’a jamais lieu en présence de l’entourage, il deviendra difficile pour celui-ci de détecter les premiers signes de prise de drogue et de dépendance. L’entourage sera également pris au dépourvu dans l’éventualité d’un « bad trip », d’une overdose ou d’une urgence médicale.

Une substance inodore. Un avantage capital du PTC, notamment pour les étudiants, est l’absence d’odeur si caractéristique au cannabis. Les vapeurs inodores ne laissent rien présager de son caractère illégal.

Attention ! L’absence d’odeur contribue à la banalisation de cette drogue. L’effet cumulé de ces quatre premières raisons conduit aussi à l’augmentation de la fréquence et de la quantité de drogue consommée.

Des effets immédiats. Comme nous l’avons vu dans les témoignages précédents, quelques bouffées suffisent pour « s’évader » – ou tomber malade. Comme le rapporte un consommateur régulier : « Le PTC, ça agit tout de suite. Ça monte d’une traite. »6

Attention ! Ces effets immédiats engendrent une « redescente » d’autant plus brutale et violente, accompagnée de séquelles potentiellement irréversibles pour l’organisme, pouvant aller jusqu’à la mort.

Scolarité et PTC

Questionné à ce sujet, un jeune de 14 ans, étudiant dans un collège de Beaugrenelle, dans le 15ème arrondissement de Paris, a déclaré que « tout le monde fume ça. Avant ou après les cours, mais aussi pendant les intercours. » Cependant, les intoxications se multiplient et « laissent entrevoir un large faisceau d’effets délétères. Ils vont d’un état comateux à l’automutilation, en passant par des crises de tachycardie, de paranoïa, des vomissements, des convulsions », rapporte le chef de service du centre antipoison de Paris.7

De plus, les médecins ne savent pas toujours comment soigner les patients intoxiqués, car plus de 450 variantes de cette substance ont été découvertes et la teneur en produit psychoactif varie d’un lot à l’autre.

Les effets à long terme sur l’organisme ne sont pas encore connus, mais il a déjà été établi que les cannabinoïdes de synthèse, dont le PTC, déclenchaient une dépendance sévère, bien supérieure à celle du THC naturellement présent dans le cannabis.

Bien entendu, un autre effet secondaire direct est la perte d’attention des élèves en salle de classe, en raison d’une diminution significative de leur capacité d’apprentissage et de raisonnement, provoquant une baisse des résultats scolaires. Bien que le décrochage scolaire soit plurifactoriel, de multiples études montrent que la consommation de cannabis a « des effets confirmés sur la motivation et la mémoire », altérant « la perception, l’attention et la mémoire immédiate ». Des qualités indispensables à la réussite d’un parcours scolaire. Une constatation confirmée par les chiffres, puisque « les jeunes qui consomment du cannabis régulièrement ont 60% de chance de moins d’obtenir le baccalauréat que ceux qui n’en consomment pas. »8

Que faire ?

Les enfants et les adolescents doivent connaître les dangers du cannabis de synthèse. Cette drogue peut sembler inoffensive, mais nous avons vu qu’elle est extrêmement dangereuse. Certes, toutes les couches de la population sont exposées à la drogue, mais les adolescents sont généralement plus susceptibles de succomber à cette tentation que les adultes ou les personnes âgées.

Souvenez-vous des paroles de l’apôtre Paul adressées à Tite : « Exhorte de même les jeunes gens à être modérés, te montrant toi-même à tous égards un modèle de bonnes œuvres » (Tite 2 :6-7). En tant qu’adultes, nous avons la responsabilité d’exhorter les jeunes par notre exemple, en étant « un modèle de bonnes œuvres ». Chaque adulte a été jeune et nous savons tous qu’un adolescent n’écoute pas particulièrement les conseils des adultes. Cependant, notre exemple peut avoir un immense impact sur eux.

Par exemple, si vous demandez à vos enfants de limiter le temps passé devant un écran, mais que vous passiez vous-même des heures devant votre téléphone portable, pensez-vous qu’ils vous écouteront ? Les adolescents agissent en fonction de vos propres actions. Ils prêteront attention à vos paroles uniquement si celles-ci correspondent à vos actions, autrement vous parlerez dans le vide !

Si nous voulons protéger nos enfants de la consommation de drogue, nous devons leur montrer un exemple de modération. Nous devons nous-mêmes être exempts d’addiction, qu’il s’agisse de la drogue, du tabagisme, de l’alcoolisme ou des jeux d’argent. Nous devons aussi leur montrer que s’évader au moyen de la drogue n’est pas la réponse aux problèmes et aux soucis de la vie. Nous devons leur montrer, par notre exemple et notre mode de vie, que les 70-80 ans de notre existence humaine ne sont pas une fin en soi.

Se droguer n’en vaut pas la peine

Puisque la vie physique n’est pas l’objectif ultime de notre existence, quel est-il ? Je pourrais épiloguer sur le sujet, mais la meilleure conclusion que je connaisse à ce propos a été écrite par M. Stuart Wachowicz dans sa brochure Cannabis : ce qu’on vous vous cache.

« Le fait de connaître le but de la création – et de notre vie – nous permettra de faire face au désastre que les changements sociétaux apporteront bientôt dans nos pays, s’ils ne font pas marche arrière. Comprendre cette réalité et vivre avec modération, selon les instructions divines, seront une source de protection pendant l’époque à venir […] C’est une tragédie lorsque des personnes, jeunes ou âgées, cherchent à se faire plaisir en “s’évadant”. Ils ne voient pas le but de l’existence humaine – un but qu’il est possible de connaître et d’atteindre. Notre esprit humain est un trésor, brillamment conçu par un grand Créateur qui planifie d’offrir à l’humanité un avenir formidable, avec un potentiel impossible à imaginer sur le plan humain. »9

1Drogues : une étude alerte sur les nouvelles substances en circulation”, Le Monde, 31 janvier 2024
2 Ibid.
3E-cigarettes – An unintended illicit drug delivery system”, Drug and Alcohol Dependence, n°192, pp. 98-111
4Des adolescents accros au ‘PTC’ racontent leur calvaire”, TF1 Infos, 3 février 2025
5Le fléau de l’addiction au ‘Pète ton crâne’, cette drogue de synthèse qui s’enracine dans les écoles”, Le Figaro, 5 février 2025.
6 Ibid.
7 Ibid.
8Le cannabis est-il la première cause de décrochage scolaire ?”, France Info, 4 avril 2024
9 Cannabis : ce qu’on vous cache, Stuart Wachowicz, édition 1.0, p. 37

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